jeudi 10 novembre 2011

Note d’opinion : la parrhèsia

À propos de la parrhèsia

L’intérêt des commentaires formulés sur un blog, c’est d’ouvrir le débat. Ce n’est guère aisé, ni pour le commentateur, ni pour l’auteur commenté. Car le débat, si l’on en attend beaucoup, est malaisé ; je vais m’efforcer d’expliquer pourquoi. Il est malaisé, mais souhaitable. Ce qui force à affronter la difficulté et, par conséquent, à la cerner le mieux possible.

Au bas d’une note du présent blog du 4 avril 2010 consacrée à un livre de Pierre Verdrager, un lecteur anonyme a placé plusieurs commentaires - au moins deux sont de sa plume, sans nul doute possible, celui du 6 novembre 2011 à 11 h 56 et celui du 7 novembre 2011 à 19 h 5 -, des commentaires qui m’ont décidé à rédiger la présente note. J’ai de fortes raisons de croire que c’est le même commentateur - qui cette fois signe Mézigue (et, dorénavant, je l’appellerai donc ainsi) - qui s’exprime le 8 novembre 2011 à 12 h 19 sous une autre note, celle du 4 octobre 2005 consacrée à Michel Onfray. J’y ferai également référence, car les questions abordées là sont proches de celles soulevées les 6 et 7 novembre.

La censure, l’anonymat, la violence, la raison, le politique, tout cela a été évoqué dans les échanges cités d’une façon qui place en leur centre la question du débat et de la sincérité dans le débat, question que j’identifie comme étant en rapport étroit avec celle de la parrhèsia. Le mot donne lieu à plusieurs définitions et il a été utilisé dans des sens assez différents, notamment par des hommes eux-mêmes aussi différents que Jean-Paul II et Michel Foucault. Convenons que je l’emploie dans son sens de franc-parler.

Le débat parrhèsiastique

Il y a de cela environ cinq ans, au cours d’un débat entre amis précisément consacré à l’art du débat entre amis, un de ceux-ci - que je ne nommerai que par son prénom : Stéphane - avait souhaité préciser en ces termes ce que selon lui la parrhèsia est et n’est pas :
« La parrhèsia n’est pas l’expression du n’importe quoi parce que j’ai envie de le dire, même si c’est injuste. La parrhèsia n’est pas la réclamation du consommateur jamais satisfait. La parrhèsia n’est pas : “j’ai le droit d’être impoli et de revendiquer n’importe quoi à n’importe quelle heure”. On ne peut rien construire avec ce type de franchise mal placée. Si je me trompe, tant pis ; au moins c’est de bonne foi.
Pour moi, la
parrhèsia est la parole libre d’hommes raisonnables et droits ; la parrhèsia est le panache d’hommes qui s’engagent et s’exposent ; la parrhèsia est une technique exigeante qui demande un apprentissage long et difficile et relève d’une véritable maîtrise. » Et Stéphane en concluait que, le franc-parler de Diogène de Sinope (1) étant celui d’un solitaire, il valait mieux en pratiquer un autre, plus propice au débat. « Car les cyniques, disait-il, font voler en éclats toutes les divisions qui nous structurent et nous rassurent : le noble et le vulgaire, le public et le privé, le terrestre et le divin, et surtout l’ami et l’ennemi. »

Nous voici au cœur du problème : comment pratiquer le franc-parler ? Plus précisément : à quel fin user du franc-parler et, une fois la fin précisée, comment le pratiquer ? Car il ne s’agit pas de nier que Diogène inventa une forme de parrhèsia, du moins si on se rapporte à ce qu’on nous en a dit. Ni que son franc-parler fut d’une radicalité exemplaire. Mais ce franc-parler est aussi celui d’un homme qui désespérait de ses semblables, sauf à les renvoyer à leur animalité (2). Si l’on veut encore miser sur la sociabilité de l’homme, il faut se tourner, comme le suggère Stéphane, vers une autre forme de Parrhèsia. Laquelle ?

Lors du débat déjà évoqué, Stéphane avait cité Montaigne, plus particulièrement certains des propos qu’il tient dans le chapitre VIII du Livre III des Essais, « L’art de conférer », tels ceux-ci :
« Quand on me contrarie, on esveille mon attention, non pas ma cholère : je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit. La cause de la vérité devrait être la cause commune de l’un et de l’autre : Que respondra-t-il ? la passion du courroux lui a déjà frappé le jugement : le trouble s’en est saisi, avant la raison. Il serait utile qu’on passa par gageure la décision de nos disputes : qu’il y eut une marque matérielle de nos pertes : afin que nous en tinssions état et que mon valet me put dire : il vous en coûta l’année passée cent écus, à vingt fois, d’avoir été ignorant et opiniâtre. » (3)
Ou ceux-ci :
« J’entre en conference et en dispute, avec grande liberté et facilité : d’autant que l’opinion trouve en moi le terrein mal propre à y penetrer, et y pousser de hautes racines : Nulles propositions m’estonnent, nulle creance me blesse, quelque contrarieté qu’elle aye à la mienne. » (4)
Ou encore ceux-ci :
« Je me sens bien plus fier, de la victoire que je gaigne sur moy, quand en l’ardeur mesme du combat, je me faits plier soubs la force de la raison de mon adversaire : que je ne me sens gré, de la victoire que je gaigne sur luy, par sa foiblesse » (5)
Et ce ne sont là que quelques-unes des voies que Montaigne nous suggère d’emprunter pour se mesurer à l’art de débattre. Comme on le voit, l’affaire n’est pas simple, parce que, si elle postule la vérité (6), elle réclame davantage encore, à savoir une forme que l’énoncé de cette vérité doit prendre afin de rendre le débat possible. « Autant peut faire le sot, nous dit Montaigne celuy qui dit vray, que celuy qui dit faux : car nous sommes sur la manière, non sur la matiere du dire. » (7)

Approche théorique du débat parrhèsiastique

L’enjeu de l’aspect formel du débat, c’est de permettre à ceux qui y participent de tous progresser dans leur propre recherche du vrai. Il ne s’agit donc en aucun cas de faire triompher une cause ou un parti, moins encore de convaincre à tout prix, mais plus simplement de s’inscrire dans une démarche qui vise à améliorer les capacités de chacun à démêler le vrai du faux. Ce qui est visé, c’est la vertu heuristique du débat. C’est à cela que concourt le franc-parler. « J’ayme entre les galans hommes, nous dit Montaigne, qu’on s’exprime courageusement : que les mots aillent où va la pensée. » (8) Pour l’occasion, il faut être « galans hommes ».

À cet égard, Montaigne ne nous est pas seulement utile lorsqu’il évoque l’art de conférer, mais aussi - entre autres - lorsqu’il explique ce que c’est que ne « dire qu’à demy » (9). Dans le chapitre IX du Livre III des Essais, « De la vanité », là où il parle de sa façon d’écrire, il précise :
« Par ce que la coupure si frequente des chapitres, dequoy j'usoy au commencement, m'a semblé rompre l'attention, avant qu'elle soit née et la dissoudre : dedaignant s'y coucher pour si peu, et se recueillir : je me suis mis à les faire plus longs : qui requierent de la proposition et du loisir assigné. En telle occupation, à qui on ne veut donner une seule heure, on ne veut rien donner. Et ne fait on rien pour celuy, pour qui on ne fait, qu'autre chose faisant. Joint, qu'à l'adventure ay-je quelque obligation particuliere, à ne dire qu'à demy, à dire confusement, à dire discordamment. » (10)
Qu’est-ce donc que cette idée de « ne dire qu’à demy » ? Bien mieux encore : « à dire confusement, à dire discordamment » ? C’est que, pour être bien entendu, il faut contraindre l’autre à un effort personnel de complément, de correction ou d’adaptation. L’autre demi est à combler par cet autre, d’une façon qui, d’ailleurs, doit permettre au premier locuteur de compléter, de corriger ou d’adapter la deuxième moitié qu’il a tue. Dans le chapitre XIII du même Livre III, « De l’expérience », Montaigne est davantage explicite à cet égard :
« Ce n'est rien que foiblesse particuliere, qui nous faict contenter de ce que d'autres, ou que nous-mesmes avous trouvé en cette chasse de cognoissance : un plus habile ne s'en contentera pas. Il y a tousjours place pour un suivant, ouy et pour nous mesmes, et route par ailleurs. […] Ce que declaroit assez Apollo, parlant tousjours à nous doublement, obscurement et obliquement : ne nous repaissant pas, mais nous amusant et embesongnant. C'est un mouvement irregulier, perpetuel, sans patron et sans but. Ses inventions s'eschauffent, se suivent, et s'entreproduisent l'une l'autre. » (11)
Pour débattre, il faut laisser à l’autre de quoi débattre.

Mais, on l’aura compris, cette façon de débattre se trouve à l’opposé de celle qui n’a d’autre objectif que de déterminer qui vainc et qui succombe dans un débat, peu importe la sincérité, la connaissance, la vérité, lesquelles sont de fait ainsi négligées. Ce genre de joute, qui est toujours liée à des questions de pouvoir, se cantonne d’autant plus facilement à ce classement des performances personnelles qu’elle se donne l’allure de chercher néanmoins la sincérité, la connaissance, la vérité. Celui qui se risquerait, dans un débat où il faut vaincre, à « ne dire qu’à demy », celui-là serait sûr de succomber.

Il y a donc débat et débat. Souhaiter débattre pour rencontrer la contradiction, pour progresser dans ses propres idées, pour ne se soucier que de vérité, pour abandonner toute autre ambition que de maîtriser son propre esprit, voilà qui s’écarte radicalement de tout débat commun. Et si le débat parrhèsiastique promet d’être fécond, c’est parce que la solitude et le loisir ne sont guère propices à l’exercice de la raison. Montaigne lui-même en a fait l’expérience :
« Dernierement que je me retiray chez moy, deliberé autant que je pourroy, ne me mesler d'autre chose, que de passer en repos, et à part, ce peu qui me reste de vie : il me sembloit ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit, que de le laisser en pleine oysiveté, s'entretenir soy-mesmes, et s'arrester et rasseoir en soy : Ce que j'esperois qu'il peust meshuy faire plus aysément, devenu avec le temps, plus poisant, et plus meur : Mais je trouve, […] qu'au rebours faisant le cheval eschappé, il se donne cent fois plus de carriere à soy-mesmes, qu'il ne prenoit pour autruy : et m'enfante tant de chimeres et monstres fantasques les uns sur les autres, sans ordre, et sans propos, que pour en contempler à mon ayse l'ineptie et l'estrangeté, j'ay commencé de les mettre en rolle : esperant avec le temps, luy en faire honte à luy mesmes. » 

Les lumières - si tant est qu’elles soient accessibles - ne sont pas uniquement à espérer du côté de ce type de débat, fondé sur le franc-parler. Le rapport de maître à élève peut aussi avoir ses vertus. Qu’est-ce donc, sinon ce genre de rapport, dont use Diogène dans l’anecdote du saperde (12) ?
« Quelqu’un désirait philosopher avec lui. Diogène lui donna un saperde et lui demanda de le suivre. L’autre, pris de honte, jeta le saperde et s’éloigna. À quelque temps de là, Diogène le rencontra et lui dit en riant : "L’amitié que nous avions l’un pour l’autre, un saperde l’a rompue". » (13)
La leçon est rude, mais elle peut être profitable. Le problème tient au nombre de gens qui se prennent facilement pour Diogène, sans qu’ils aient ce qui fait un maître.

Approche pratique du débat parrhèsiastique

La théorie du débat parrhèsiastique esquissée ci-dessus est certes intéressante, mais elle a aussi tout l’air d’une de ces utopies vertueuses qui contient sa vertu dans son inaptitude à quelque mise en pratique que ce soit. Les interminables digressions que l’on doit à Michel Foucault sur la parrhèsia (14) ont la saveur de cette bien-pensance propre au milieu politico-intellectuel auquel appartenait la majorité de ses adeptes, mais elles voguent dans un ciel antique d’autant plus stratosphérique qu’elles n’ouvrent aucune perspective autre que celle d’un relèvement moral personnel. Or, si l’on s’en rapporte à l’usage de la parrhèsia dans le cadre du débat et si l’on s’inspire de ce que Montaigne nous dit sur la meilleure façon de « frotter et limer sa cervelle contre celle d’aultruy » (15), on doit bien admettre que l’ambition n’est pas morale, n’est pas prioritairement morale en tout cas. Elle est d’abord et avant tout heuristique. Morale, ludique, amicale peut-être, mais dans une bien moindre mesure.

C’est donc d’une méthode qu’il est question. Et il s’agit de s’interroger sur sa praticabilité et sur sa fécondité. J’ignore si le débat parrhésiastique est possible, autrement que l’espace d’un moment de grâce. On peut en douter parce que son organisation pratique, tout comme sa pérennité, sont fragiles.

Tout le monde n’est pas apte à y participer, non seulement parce qu’il faut sans doute disposer d’un bagage intellectuel et culturel minimal, plus ou moins commun aux participants, mais aussi parce qu’il faut renoncer à ses intérêts personnels, l’intérêt pour la compréhension des choses excepté. Il est également indispensable d’accepter de présenter ses opinions dans ce qu’elles ont de vulnérable, sans arguments tactiques surajoutés, autrement dit à l’écart de tout esprit partisan. Et il convient encore de supporter la violence objective que représente une mise en cause radicale des idées que l’on avance. Tout cela sont autant de conditions qui peuvent aisément manquer, même dans le chef de ceux qui avaient au départ sincèrement enfourchés la démarche parrhésiastique.

Personnellement, je doute aussi de la pérennité de la méthode pour une autre raison. Je suis enclin à croire que la pensée réflexive réclame, pour se déployer, de s’interdire tout projet d’action. Max Weber a clairement montré combien la recherche scientifique était peu compatible avec l’action politique (16). Plus généralement, n’en va-t-il pas de même de la compatibilité entre la réflexion et l’action ? Or, le débat est une forme d’action, ne serait-ce qu’au niveau de sa mise en œuvre, ce qui représente déjà un péril quant au respect de la méthode parrhésiastique. De façon très concrète, les enjeux de la vie commune peuvent aisément, à l’occasion des aspects opératoires du débat, s’y insinuer de telle sorte que la parrhèsia y devienne davantage un vœu qu’une pratique. Cette contamination insidieuse peut toucher tout le monde, même les plus enthousiastes. Je pense ici à ces merveilleuses phrases de Descartes qui clôturent la Première méditation et où il cherche à conjurer ce penchant peu conscient qui le détournerait de suspendre son jugement : « [...] ce dessein est pénible et laborieux, et une certaine paresse m’entraîne insensiblement dans le train de ma vie ordinaire. Et tout de même qu’un esclave qui jouissait dans le sommeil d’une liberté imaginaire, lorsqu’il commence à soupçonner que sa liberté n’est qu’un songe, craint d’être réveillé, et conspire avec ces illusions agréables pour en être plus longuement abusé, ainsi je retombe insensiblement de moi-même dans mes anciennes opinions, et j’appréhende de me réveiller de cet assoupissement, de peur que les veilles laborieuses qui succéderaient à la tranquillité de ce repos, au lieu de m’apporter quelque jour et quelque lumière dans la connaissance de la vérité, ne fussent pas suffisantes pour éclaircir les ténèbres des difficultés qui viennent d’être agitées. » (17) Ainsi, ce que la vie ordinaire a d’étranger à la posture parrhésiastique peut-il insensiblement réinvestir le débat et le faire insensiblement basculer vers un débat ordinaire.

La contenance parrhèsiastique

Au-delà de ces difficultés, au-delà de ce que le débat parrhèsiastique peut avoir d’utopique, de naïvement volontariste, il s’en dégage un état d’esprit qui peut justifier une certaine contenance, une certaine manière d’être, voulue, précise, une façon de dire et d’écouter placée sous surveillance.

Cette contenance n’est évidemment pas constante, heureusement. Mais sa nature même lui permet de dicter quand elle doit être mise à l’épreuve. Elle devra alors son éventuelle efficacité à la rencontre de ce que révèle la théorie de la parrhèsia et les enseignements pratiques du débat parrhèsiastique, fusse celui-ci voué à avorter.

Ce qui distingue cette contenance du débat parrhèsiastique, c’est qu’elle peut être unilatérale et faire varier ses exigences au gré de la réceptivité des interlocuteurs. La complicité n’est plus requise et, lorsqu’elle survient spontanément, elle a alors le charme de ce qu’on peut appeler une communauté d’esprit.

Il y a peut-être un peu de cette contenance, au moins à l’occasion, dans mes notes et mes commentaires sur le présent blog. Et c’est peut-être ce qui a poussé Mézigue à y voir tantôt du formalisme, tantôt du fatalisme. Peut-être. Oui, peut-être y a-t-il réellement, dans cette contenance, quelque chose qui favorise le formalisme et le fatalisme. C’est bien possible. En tout état de cause, nous sommes loin, Mézigue et moi, d’être d’accord sur tout (et je m’en réjouis) : je suis personnellement réticent à l’intrusion des sentiments dans le débat d’idées, tout autant qu’à celle de l’outrance ou de la déraison. J’entends bien qu'il ne les recommande pas en ces circonstances, mais qu’il en rappelle la force et l’omniprésence. Mais voilà précisément pour moi ce qui réclame de placer la contenance sous surveillance.

Il n’y a guère d’intérêt à parler de soi. J’y vois même un danger. Aussi vais-je m’arrêter là sans avoir la certitude d’avoir ainsi répondu aux commentaires, brefs mais riches, de Mézigue. Peut-être même était-ce déjà trop d’expliquer cette conception de la parrhèsia qui a des allures de bonnes manières. Comme toutes les méthodes, l’appliquer vaut souvent mieux qu’en discourir.

(1) Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, Librairie générale française, La Pochothèque, p. 736 (VI 69).
(2) Cioran, qui doit beaucoup à Diogène, donne un exemple de ce à quoi conduit quelquefois la radicalité lorsqu’il dit ceci : « J’ai toujours pensé que Diogène avait subi, dans sa jeunesse, quelque déconvenue amoureuse : on ne s’engage pas dans la voie du ricanement sans le concours d’une maladie vénérienne ou d’une boniche intraitable. » (Syllogismes de l’amertume, Gallimard, 1952, p. 37.) Que puissent exister des personnalités aptes à pratiquer avec talent un franc-parler brutal de cette sorte, tel Karl Kraus par exemple, c’est bien possible. Mais l’impact - certes intéressant - de semblable parole à un prix : elle muselle le débat. Il faut que celui qui la pratique soit certain de la vérité de ce qu’il prétend exprimer, fût-ce par le biais d’un mensonge ou d’une galéjade.
(3) Montaigne, Les Essais, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 2007, p. 968.
(4) Montaigne, op. cit., p. 967.
(5) Montaigne, op. cit., p. 969.
(6) Une distinction importante s’impose ici, celle qui sépare deux sens du mot vérité. Il y a d’abord la vérité qui n’est que l’absence de mensonge. C’est d’elle dont je parle, c’est d’elle qu’il est le plus souvent question lorsqu’on use du concept de parrhèsia. Puis, il y a la vérité telle qu’elle se déprend du faux, de l’erreur, une vérité bien distincte de la sincérité (je peux sincèrement dire quelque chose de faux), une vérité objective (si je puis dire…). Dans le débat, la première favorise l’émergence de la seconde ; du moins, on peut l’espérer.
(7) Montaigne, op. cit., p. 973.
(8) Montaigne, op. cit., p. 968.
(9) Sur cette question, je renvoie à Bernard Sève, Montaigne. Des règles pour l’esprit, PUF, « Philosophie d’aujourd’hui », 2007. Je vais reproduire là des extraits de Montaigne que j’ai déjà cités ailleurs.
(10) Montaigne, op. cit., p. 1042.
(11) Montaigne, op. cit., pp. 1114-1115.
(12) Le saperde était un poisson salé, sans doute commun et bon marché.
(13) Diogène Laërce, op. cit., p. 715 (VI, 36).
(14) Voir Michel Foucault, Le gouvernement de soi et des autres I et II : le courage de la vérité, Gallimard, 2008 et 2009.
(15) Montaigne, op. cit., p. 158.
(16) Voir notamment Max Weber, Le savant et le politique, Plon, 1959
(17) René Descartes, « Méditations touchant la première philosophie dans lesquelles l’existence de Dieu et la distinction réelle entre l’âme et le corps de l’homme sont démontrées » in « Œuvres et Lettres, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1953, pp. 272-273.

Autres notes sur des thèmes proches :
Montaigne. Des règles pour l’esprit de Bernard Sève
À propos de Diogène de Sinope

16 commentaires:

  1. Bonjour,

    Je vous présente mes excuses de n'être pas venu commenter plus tôt - alors que grâce aux services de pistage de Goggle vous savez que j'en pris connaissance assez rapidement - ce billet dont je serais, en partie, la cause.

    Il se trouve que je suis actuellement impliqué dans d'autres débats sur le net et que, cela s'ajoutant aux occupations professionnelles et privées que tous nous avons, je n'ai pas eu le temps, jusqu'à maintenant le faire.

    Je ne commenterai pas, pas à pas, la brillante analyse, "théorique et pratique", que vous faites ci-dessus de la notion de parrhesia. Non pas que ce serait inintéressant - avec vos citations multiples de Montaigne vous soulevez plusieurs questions importantes - mais parce le cadre d'où vous écrivez ne me convient pas. J'avoue avoir du mal à mettre en mots avec toute la précision nécessaire les raisons profondes ce qui font que celui-ci me laisse insatisfait. Peut-être le biais d'une note me permettra de le faire.

    C'est d'ailleurs la seule (fait qui n'est pas insignifiant en lui-même) , avec celle sur Foucault - ce qui va de soi sur le sujet - et celle sur Max Weber - ce qui va moins de soi - où vous citez des contemporains.

    Vous avez reconnu votre note n°2.

    Oser écrire - si j'ai bien compris ce que vous écrivez - ,que le prix de la conséquence d'un franc-parler comme celui de Karl Kraus serait de museler le débat et s'appuyer pour cela sur un des nombreux psychologismes faciles d'un ex-fasciste repenti, c'est soit mal connaître l'histoire, soit révéler de façon pas forcément consciente ses propres convictions éthico- politiques.

    Voilà un premier point.

    Comme vous l'écrivez fort justement pour clore votre billet "Comme toutes les méthodes, l'appliquer vaut souvent mieux qu'en discourir", je n'écris donc pas plus longuement. Je vous laisse la parole sur celui-ci.

    Bien cordialement

    Mézigue.

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  2. Vous n’avez pas à vous excusez : chacun prend le temps qui lui convient pour commenter (ou ne pas le faire, d’ailleurs).
    J’avoue ne pas très bien comprendre ce que vous voulez dire par : « le cadre d’où vous écrivez ne me convient pas ». Je suppose que c’est la façon dont j’ai abordé la question du débat qui est visée, mais je n’en suis même pas sûr. Il y a précisément là une difficulté propre au débat : on peut aisément croire discuter des mêmes choses avant de découvrir, au fil du temps, que ces choses s’inscrivent, dans l’esprit des personnes en présence, dans des problématiques assez éloignées les unes des autres.
    Votre compte des contemporains dont je parle me paraît incomplet, mais, de toute façon, je confesse sans difficulté lire plus volontiers des textes anciens que des « nouvelletés ».
    S’il me fallait deviner ce qui nous sépare le plus, je pense que ce serait du côté du rapport au politique qu’il faudrait chercher. Mais je me trompe peut-être, bien sûr. Ce qui m’incite à le penser, c’est votre réaction au sujet de ce que je dis (en note) de Kraus. La citation de Cioran n’avait d’autre but que de montrer jusqu’où peut aller le franc-parler provocateur, tel que Diogène le pratiqua, c’est-à-dire jusqu’au pire, ou presque. Je reconnais par contre que puissent exister des provocateurs de talent qui, tel Karl Kraus, sachent mettre ce franc-parler brutal au service d’idées intéressantes, sinon estimables. Mais l’aura ou le charisme qui émane de ce genre de personnes est tel qu’ils étouffent le débat, fût-ce involontairement. Et il est là question du débat parrhèsiastique, bien sûr, et rien que de celui-là. Que l’action politique ne trouve pas son compte dans ce type de débat, je l’admets très volontiers ; j’irais presque jusqu’à dire que je m’en réjouis. Et c’est là que, peut-être, vous allez vous récrier.
    Merci pour votre commentaire et votre cordialité.

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  3. Bonjour

    - Effectivement, mais j'ai préféré par le biais "d'excuses" vous exprimer la considération que j'ai pour ce que vous écrivez (A ce propos votre blog est mis en passerelle sur un blog sur lequel je m'exprime également : http://paresia.wordpress.com/2011/11/14/un-blog-tres-interessant/ ) . De plus je considère que, dans certains contextes, le silence prolongé peut être considéré comme une forme d'insulte.

    - Oui, j'ai été, je le reconnais, trop laconique ... J'entends "cadre d'où vous écrivez" autant la forme que le fond. Pour la forme, c'est le plan un peu scolaire que vous avez suivi (préambule, approche théorique, approche pratique, etc). Cela ressemble trop à ces "bonnes copies" dont se satisfont certains professeurs plus historiens de la philosophie que véritablement philosophes . Pour le fond, c'est la prédominance de Montaigne dans votre choix de citations car cela semble indiquer que vous êtes un partisan d'une sorte de "philosophie éternelle" au sens étymologique du terme ; la philosophie est un amour de la sagesse et le meilleur représentant de cette "sagesse" est le nobliaux Montaigne, sorte d'inventeur de l'introspection narcissique.

    - Sauf erreur dont vous me donnerez la preuve, le compte d'auteurs cités par vous EN NOTE est complet. Le terme de "nouvelleté" que vous employez ne fait d'ailleurs que confirmer l'ascendance qu'a sur vous l'auteur des Essais.

    - Je pense que vous avez raison pour "ce qui nous sépare le plus". Contrairement à vous; je crois que l'on ne peut pas séparer le philosophe de l'homme public et du citoyen. Par exemple le Bertrand Russel philosophe vivait bien dans la même peau que le fondateur du Tribunal qui porte son nom. D'autre part vous semblez vouloir dire que refuser l'action politique impliquerait d'écarter la conscience politique. Or si je suis d'accord avec l'idée que "l'action politique" - au sens classique du militantisme - est assez souvent dérisoire, je pense qu'il est des circonstances où un homme a le devoir de s'intéresser à autre chose qu'au plaisir solitaire qu'il se donne par l'introspection. Pour ce qui concerne Cioran que j'ai beaucoup lu et, dont tout comme vous, j'ai souvent noté, comme pour Nietzsche, la justesse de la psychologie, mon attaque était beaucoup plus sévère. Si le créateur de Die Fackel n'a pas toujours été clairvoyant, il l'a été pour ce qui concerne le fascisme naissant alors que Cioran, lui, à peu près à la même époque, couvrait de son autorité de jeune philosophe (dans La "Transfiguration de la Roumanie"), l'antisémitisme virulent de ses amis de la Garde de Fer.

    Bien cordialement

    Mézigue

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  4. Je commence par ce qui est sans grande importance. Vous avez raison pour ce qui est du compte des auteurs cités. J’avais cru que vous parliez de l’ensemble des notes du blog et non de la note de bas de page en cause. De même, j’admets volontiers ne pas dédaigner, lorsque j’écris, un « plan un peu scolaire » et je rêve que ce tort, si c’en est un, accable le grand nombre.

    Plus important : oui, Montaigne m’inspire dès que je le lis ; sans doute parce qu’il n’adhéra pas à ce que vous appeler « la philosophie éternelle » et surtout parce qu’il sut participer à l’émergence de la conscience moderne (comme l’explique par exemple Robert Ellrodt in Montaigne et Shakespeare, José Corti, 2011). Je me retiens d’être plus prolixe à ce sujet, car vous y verriez peut-être une vénération aveugle, là où je n’éprouve qu’une admiration critique. Une très grand admiration, néanmoins.

    Pour ce qui est du rapport à la politique, j’incline à croire que, tout compte fait, nous sommes peut-être moins éloignés l’un de l’autre que je ne le pensais. Et ceci, parce que je me suis mal fait comprendre dans mon précédent commentaire. La question est complexe et, par conséquent, j’envisage de vous répondre par le biais d’une note d’opinion consacrée au politique.

    Merci pour votre intérêt.

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  5. Tout d'abord permettez-moi de vous avouer une chose. Je suis ravi que ce qu'il y a chez moi de parfois provocateur ne suscite pas d'écho du même type de votre part. A propos de cette question de ce qui peut semblé être de la "provocation" de ma part - et des raisons de celle-ci - , je vous invite à lire ce que je répondais au Webmestre du blog "Paresia" (Comme vous l'aurez compris "Albert", Nicolas Sarkozy" et "Mézigue" ne font qu'un) :
    http://paresia.wordpress.com/2010/07/09/alain-de-benoist-et-philippe-simonnot-discussion-su r-la-decroissance/#comments
    Ce Webmestre, à qui j'ai signalé votre excellent blog, l'a maintenant mis en passerelle.

    Je suis ravi parce qu'une pratique des forums ou autres lieux de "discussion" sur internet me fait toujours craindre le pire ; ce même quant la personne est parfois intelligente et/ou parfois cultivée. Il arrive trop souvent que, si le débat contradictoire en vient sur des sujets dans lesquels elle a investi de la passion, celui-ci dérape.

    Nous en sommes déjà au troisième ou quatrième échange et vous restez serein. Je vous en remercie.

    Pour le plan, je passe. Chacun est libre de choisir la forme de ce qu'il veut exposer. Celle-ci n'a finalement guère d'importance. Ce qui est important est que ce soit un minimum ordonné. Ce qui est, si on observe un peu ce qui s'écrit sur le Web, peu souvent le cas.

    Que Montaigne ait participé à "l'émergence de la conscience moderne" est certainement incontestable ; encore faudrait-il préciser de quelle conscience on parle. Je ne crois pas que vous ayez une vénération aveugle pour l'auteur des Essais mais je crois qu'une partie des raisons pour lesquelles vous l'admirez ne sont pas forcément aussi claires qu'elles vous semblent.

    J'attendrais votre nouveau billet pour répondre sur nos éventuelles convergences ou divergences sur la question du politique.

    Cordialement

    Mézigue

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  6. J’ai consulté le site Internet dont vous citez l’adresse et j’ai pris connaissance des réponses qui y figurent et que vous affirmez être vôtres sous divers pseudonymes.
    Je ne vous cacherai pas que je censurerais sans hésiter ce genre de propos s’ils venaient à être tenus par un candidat commentateur sur le présent blog. « Le problème est qu’aujourd’hui, presque plus personne n’ose dire à un crétin qu’il est un crétin », y dites-vous notamment. Et quel intérêt présente donc ce genre de révélation, pour peu qu’elle dise juste ? Aucune critique, aussi radicale soit-elle, des idées émises ne mérite d’être occultée. Et ne s’en vexe que ceux qui souffrent d’un excès de certitude. Mais l’affront fait aux personnes n’est pas un argument. Vous remarquerez que, sur ce site, l’ensemble des échanges placés sous la vidéo ne porte en rien sur la question que discutent Alain de Benoist et Philippe Simonnot, mais uniquement sur les étiquettes dont on peut les affubler et sur les compétences intellectuelles que l’on peut leur reconnaître, et surtout leur contester.
    Le débat - le débat parrhésiastique s’entend - est malaisé et fragile. Il suppose une franchise qui s’épargne certaines dérives. C’en est une, je crois, que d’insulter autrui. Car la discussion s’engage alors immédiatement sur un terrain qui est sans profit pour la recherche du vrai.
    La découverte du site que vous renseigniez me déçoit donc quelque peu. Vous m’aviez fait espérer mieux. Mais nos propres échanges restent intéressants et je poursuis donc mon projet d’une note d’opinion sur le politique.
    Cordialement.

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  7. A mon tour d'être déçu....

    D'un côté vous m'apprenez que vous auriez censuré la phrase que vous citez et de l'autre qu'aucune "critique, aussi radicale soit-elle, des idées émises ne mérite d'être occultée".

    Dois-je comprendre que vous ne censureriez pas un négationniste venant expliquer sur votre site ses idées radicales sur la seconde mondiale mais que vous censureriez quelqu'un disant à un crétin qu'il est un crétin ?

    Dans quel monde vivez vous ? Sincérement n'avez-vous jamais rencontré de crétin et si oui, qu'est-ce qui fait que vous vous êtes retenu de le lui dire ? Et si un crétin venait sur votre site ne le censureriez-vous pas immédiatement mais ... en toute bonne conscience ...

    Sur le fond ce qui m'intéresse est de savoir qu'est-ce qui fait que, VOUS, vous voyez mépris de ma part quant je nomme crétin un crétin. Peut-être n'avons-nous pas la même définition de mot ?

    Pour ma part quant je nomme "crétin" un individu, ce n'est certainement pas en raison du fait qu'il aurait des facultés mentales et intellectuelles peu élevées. C'est EXACTEMENT le contraire. Un crétin, à mes yeux est quelqu'un qui souffre d'un excès de certitude et je ne pratique pas la sémantophobie.

    Pour ce qui concerne les idées de Messieurs Philippe Simonnot et Alain de Benoist qu'attendez- vous, VOUS, pour les commenter sur le site "paresia" puisque j'invite les lecteurs à le faire ... Serait-ce parce que sur ce site vous ne pourriez pas contrôler (et éventuellement censurer sans procès) ce qui vous serait répondu ?

    Bien cordialement

    Mézigue

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  8. Crétin est terme injurieux qui renvoie à une pathologie caractérisée par une diminution des facultés intellectuelles. Que vous-même le définissiez autrement ne vous privera pas d’offenser ceux que vous prétendez tels.
    On s’éloigne là beaucoup de l’art de conférer.
    Cordialement.

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  9. Vous ne répondez pas à ma question précédente qui pourtant était une question éminemment politique dans la mesure où l'influence du négationnisme dans certains milieux politiques et artistiques (Affaire Dieudonné) semblent se développer.

    Ne retenir qu'une définition liée à une neuro-pathologie particulière (Cf la définition du "crétin" en psychiatrie) n'est pas honnête de votre part. Le terme crétin est passé dans le langage courant depuis déjà un bon moment :
    http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=3927283050;
    Flaubert lui-même l'employait souvent. Auriez-vous censuré Flaubert ?

    Est-ce le terme lui-même qui vous choque si gravement ? Auriez-vous été autant ou moins choqué si j'avais employé un quasi synonymes comme idiot, sot ou borné ?

    Quant à "l'offense", je vous repose ma question : dans quel monde mental et réel vivez-vous ? Dans celui où je vis, je suis constamment "insulté" par la bêtise de nombre de gens. Pourtant il ne me viendrait pas à l'idée de leur interdire de parler SI J'EN AVAIT LE POUVOIR et si eux-mêmes me traitaient de crétin ou autres "noms d'oiseaux" ...

    Vous avez été déçu parle blog "paresia" mais la différence entre son Webmestre et vous est qu'il ne censure pas quant on le contrarie. Qui de vous ou de lui est donc le plus proche de la liberté parole (parrhèsia) ?

    Mais je vous remercie car vos réponses me permettent de mieux cerner votre personnalité et de mieux m'expliquer à moi-même ce qui me troublait négativement dans ce que j'ai appelé le "cadre" de vos réponses (contenu et forme)

    Bien qu'il me soit souvent arrivé que des amis ou connaissances lisant mes interventions ici ou là sur la Toile m'incitent à tenir un blog, je m'y suis toujours refusé. Avez-vous pourquoi ? Parce que contrairement à vous je préférerais toujours un dialogue même violent à un monologue même de qualité.

    Cordialement

    Mézigue

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  10. La liberté de parole ne se confond pas, je crois, avec la parrhésia. Elle concerne la possibilité laissée à chacun de s’exprimer comme il l’entend, alors que la parrhèsia tend à créer les conditions d’une parole sincère visant à démêler le vrai du faux.
    Pour ce qui est de la liberté de parole, je doute que l’invective la favorise. Il suffit de consulter les commentaires laissés au bas des articles que les journaux et hebdomadaires placent sur leur site Internet pour comprendre que l’apostrophe, la grossièreté et l’insulte ne facilite en rien la liberté d’expression. Nombreux sont ceux qui sont contraints de renoncer à s’y exprimer, tant le ton général des commentaires décourage l’exposé d’idées : on y brocarde les gens bien plus que les points de vue.
    Mon blog n’est pas un organe de presse, moins encore un service public d’information ; il n’a donc pas vocation à accueillir toutes les paroles en mal d’expression. S’il advenait que je censure un commentaire, ce ne serait donc là qu’un moyen bien légitime d’en préserver la spécificité. Mon intention a été et reste d’accepter toute critique, aussi violente soit-elle, des conceptions exposées, mais de refuser ce ton objectivement mutilateur qui règne sur tant de sites et forums Internet. Le choix était entre Diogène et Montaigne ; j’ai préféré Montaigne. Même si je reconnais à Diogène un sens certain du kairos. Mais précisément, tout est une question de circonstance. S’il me fallait refuser un commentaire, ce serait en toute hypothèse pour préserver la liberté de parole.
    En ce qui concerne l’accueil éventuel de propos politiques que la loi interdit, il n’est pas impossible que j’aborde cette question dans la note d’opinion relative au politique.
    Cordialement.

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  11. Je vous écris en toute franchise, "d'homme à homme", et vous me faites un cours ... Il va de soi que la "parrhésia" et la "liberté de parole" ne se recouvrent pas terme à terme.

    Sur la pauvreté intellectuelle et souvent la grossièreté, aussi bien sur la forme que sur le fond, des commentaires que l'on peut généralement lire sur les organes de presse en ligne, blogs et forums, je ne peux qu'être d'accord avec vous. Toutefois la question des limites que l'on doit mettre à ces épanchements ne semble pas voir la même réponse pour vous que pour moi.

    A ce propos je reviens un instant* sur notre désaccord - désaccord sur lequel vous faites silence.

    *"l'Art de conférer", c'est aussi d'admettre pour l'Autre, et de se permettre à soi-même, un certain vagabondage qui autorise l'un des participants à choisir d'aborder un sujet différent de celui des autres ou alors à estimer qu'un seul doit détenir le pouvoir et doit donc avoir le monopole du choix des sujets abordés...

    En date du 14 novembre notre échange m'amène à vous expliquer le pourquoi de ce qui peut apparaître parfois comme "provocation" de ma part et, pour illustrer mon propos, je vous invite à lire mes explications sur un blog (qui je vous le répète n'est pas MON blog).

    Mais, plutôt que de me dire que vous avez ainsi mieux compris ma démarche** tout ce que vous en retenez, apparemment, c'est une phrase.

    Dans cette phrase je n'insulte personne nommément. Je fais simplement remarquer qu'aujourd'hui une certaine forme de sémantophobie fait qu'on ose plus dire à un crétin qu'il est un crétin. Vous m'écrivez que, contrairement à ce qu'à fait le Webmestre de ce blog - vous, vous auriez censuré cette phrase. Puis, à nouveau, vous réduisez mon propos en affirmant que le terme de "crétin" n'a qu'un sens (le vôtre)

    ** Qui est de ne pas perdre de temps avec des gens mal équilibrés sur le plan psychologique et/ou incapables de comprendre (par déficience de leur intellect ...) ce qui est écrit.

    Permettez-moi d'avoir été choqué pour cette idée de censure ... (Et accessoirement par ce qui semble être chez vous un refus d'admettre que vous pouvez vous être trompé ...)

    Pour moi l'incident est clos mais je ne regrette pas d'avoir ainsi souligné ce qui semble être chez vous un manque de clarté quant aux bornes de votre tolérance.

    Diogène ou Montaigne, je ne sais pas. La différence est aussi que nous ne savons pas assez ce que pensait le premier alors que nous savons sans doute trop ce que "pensait" le second.

    Cordialement

    Mézigue

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  12. Puisque vous revenez sur les échanges qui figurent sur le blog vers lequel vous m’aviez renvoyé, il me faut préciser que ce n’est pas la phrase citée (« Le problème est qu’aujourd’hui, presque plus personne n’ose dire à un crétin qu’il est un crétin ») qui susciterait mon refus, mais bien celles dont cette phrase-là justifie la présence, c’est-à-dire des phrases du genre de celle-ci:

    « Pauvre Un Tel ! En être réduit à discuter (dans un dialogue de sourds) avec un brave con sur le site d’un imbécile, montre qu’il “vieillit mal”… » ;

    ou encore de celle-ci :
    
« C’est là toute l’imbécillité d’un profond crétin comme Celui-là qui SINGE le journalisme mais ne réussit qu’à être encore plus médiocre que les “professionnels” ».
    
L’ensemble de la discussion en est toute polluée, puisqu’elle se focalise davantage sur les mérites et surtout sur les faiblesses des intervenants plutôt que sur les idées débattues. Justifier ce saut des idées aux personnes par la franchise ne me paraît pas correspondre du tout à la parrhèsia, mais au contraire à une pratique susceptible de stériliser le débat d’idée.
    
Je suis d’accord avec vous : dans l’exercice du débat parrhèsiastique, le choix des sujets discutés n’est pas sans soulever des difficultés. Comme toute activité postulant l’égalité des participants, les choix initiaux sont souvent menacés d’arbitraire. Lorsque fut proclamé le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (Rousseau, Wilson, de Gaulle), on s’est bien gardé de préciser comment les peuples définissaient préalablement leurs contours. Car chaque régression vers une égalité antécédente en appellera une autre encore antérieure. Mais tel l’emploi de la raison (qui se manifeste au départ d’une question irrationnellement choisie), l’instauration de l’égalité doit commencer quelque part, fût-ce arbitrairement, faute de quoi elle ne commencera pas du tout. L’exercice du débat parrhèsiastique réclame l’égalité des participants, sans que soit pour autant réglée la question du choix des sujets, pas plus que celle du choix des participants.
    
Mon blog n’est pas le lieu d’un débat parrhèsiastique. Tout au plus m’efforcé-je d’y adopter une contenance parrhèsiastique, ce qui n’est pas la même chose. J’y place des notes dont j’ai choisi seul le sujet, au gré de mon bon plaisir, c’est-à-dire dans le plus complet arbitraire. Je n’aperçois pas ce que cela peut avoir de choquant. Et croyez bien que, dès que j’en aurai compris la raison, je ne manquerai pas d’admettre que je me suis trompé (ce qui m’arrive fréquemment). 

    Une chose encore : alors que vous le comparez à Diogène, vous dites que « nous savons sans doute trop ce que “pensait” » Montaigne. Voilà assurément une idée qui m’étonne et que j’aimerais voir développer. Car je suis d’avis - mais peut-être me trompé-je - que nous savons bien peu et bien mal ce que Montaigne a voulu très précisément dire à travers ses Essais.
    
Cordialement.

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  13. Bonjour,

    Je vous ai globalement répondu ici :
    http://paresia.wordpress.com/2011/11/14/un-blog-tres-interessant/#comments

    Vous ne serez jamais censuré sur "Paresia".

    Mézigue

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  14. Bonjour Jean,
    Voici quelques jours déjà que j'ai lu ta note d'opinion sur la parrhesia et les commentaires, avant d'enfin identifier précisément ce qui me pose question.
    La parrhesia, écris-tu, est cette démarche qui vise à améliorer les capacités de chacun à démêler le vrai du faux. Tu poursuis en indiquant que tout le monde n'est pas apte à y participer, parce qu'il faut sans doute posséder un certain bagage intellectuel et culturel, mais aussi renoncer à ses intérêts personnels.
    Tu l'auras compris, c'est sur cette opposition du "chacun vs pas tout le monde" que j'ai du mal à te suivre. 
    N'es-tu pas prétentieux de réserver une démarche qui vise à améliorer les capacités de chacun aux mieux nantis (déjà pourvus d'un certain bagage) ? As-tu renoncé à convaincre les "moins capables" de démêler le vrai du faux, à combattre leurs lacunes et leur désintérêt ? Poursuis-tu le vrai en excluant du débat celles ou ceux qui sont tout à fait sincères (qui ne cherchent pas à tromper, qui n'emploient pas d'arguments fallacieux, qui n'ont pas de visées personnelles) mais ont le tort de ne s'exprimer qu'à hauteur de leurs connaissances ? Comment définirais-tu d'ailleurs la hauteur minimale requise pour débattre en toute franchise ? Conçois-tu l'élitisme autrement qu'un encouragement à toujours chercher à donner le meilleur de soi-même ?
    Amicalement,
    Sophie.

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  15. Chère Sophie,
    Cela me fait bien plaisir que tu m’interroges au sujet de ce que j’ai écrit à propos de la parrhèsia. Voilà une chance qui m’est offerte de tenter de dissiper l’un ou l’autre malentendu. 
    J’incline à croire que l’égalité pâtit beaucoup de l’égalitarisme. Prétendre qu’il faille en toute occasion mettre à égalité ceux qui ne sont pas égaux est souvent le meilleur moyen pour creuser les inégalités. Et refuser de voir des différences pour mieux affirmer l’égalité de tous participe évidemment du même travers. Il est curieux que, en sport, nul ne doutera de la nécessité de faire jouer entre eux des compétiteurs de forces sensiblement égales, alors que la même précaution dans le domaine des échanges intellectuels prend immédiatement des allures de prétention élitiste. Imaginons une discussion sur les nouveautés en mathématiques : serait-il absurde ne n'y convier que ceux qui disposent de connaissances d'un certain niveau en mathématiques ?
    Loin de moi l’idée qu’il faille établir quelque barrière que ce soit pour échanger des idées ou pour croiser des opinions. La parrhèsia n’est assurément pas recommandée pour des échanges quelconques. Mais dès lors que des amis veulent tenter un exercice périlleux de franchise visant à donner à chacun une chance de mieux maîtriser sa propre pensée, ce serait condamner d’avance la tentative que de mettre en présence des amis inaptes à l’exercice. Ce n’est pas qu’une question de bagage intellectuel et culturel, loin s’en faut. Mais des différences trop prononcées à cet égard aboutiraient - il faut en convenir - à des inégalités de moyens nuisibles au débat parrhèsiastique. Cela ne signifie pas que l’exercice doit être réservé « aux mieux nantis », mais bien plutôt qu’il conviendrait que, sur ce plan intellectuel et culturel, de trop grands écarts soient évités. Quelle est la bonne mesure de cet écart ? J’avoue n’en trop rien savoir, faute d’expérience. Comment trier les participants sur la base de cette exigence ? Je le sais bien moins encore. 
    Cela dit, la plus grande difficulté ne vient pas de cette exigence d’égalité relative au niveau du bagage intellectuel et culturel. Elle vient plutôt de cette nécessité de renoncer à ses appartenances, à ses adhésions, à ses convictions partisanes. Là se trouve l’obstacle majeur à une forme d’exercice dont il reste à démontrer qu’elle soit possible. 
    Ce qui me paraît faisable, c’est - à l’occasion - d’en adopter l’esprit, fût-ce unilatéralement. C’est ce que j’ai appelé la contenance parrhèsiastique
    La hantise de l’élitisme - qui trouve sa source dans des formes d’élitisme détestables (naissance, richesse, cuistrerie, etc.) - conduit aujourd’hui bien des gens à refuser de voir la réalité et d’admettre notamment des différences dont il est indispensable qu’elles soient prises en compte si l’on espère des améliorations pour tous. L’enseignement d’aujourd’hui - qui refuse les classements, les échecs, les différences de capacité - en souffre énormément.
    Amicalement.

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  16. Bonjour,

    Je voulais juste remercier Sophie d'avoir posé cette question ; question que j'avais été tenté de poser à Jean...

    @ Jean

    Votre réponse, vous vous en douterez, ne me satisfait qu'à moitié. Si j'ai le temps j'écrirai ici pourquoi.

    Cordialement

    Mézigue.

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